Facebook outil opportuniste ou piège ?

Par Jacques NOZICK

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 Les sites sociaux comme Facebook constituent un véritable phénomène de société désormais très éloigné du simple « trombinoscope » d’origine (traduction française de « Facebook » ) créé par un ado complexé pour draguer les filles. On ne peut comprendre leur succès, leur pouvoir de séduction et les effets délétères qu’ils induisent, sans les replacer dans le contexte du marché de l’internet.

 

  L’avènement des sites « sociaux »

Utilisé initialement par les militaires et l'université pour échanger des données, internet en s’enrichissant de fonctionnalités nouvelles s'imposa comme média universel d'information, de culture, d'échanges mais aussi et surtout désormais de divertissements et de publicité. Ce glissement du sérieux au futile, est dû au modèle économique de ce marché qui se vit de la publicité, ce qui l’oblige à élargir sans cesse son audience pour subsister.

La révolution apportée par l’internet dans la manière de communiquer par mails est évidente, de même l’infinie richesse des informations que l’on peut si aisément trouver sur le web. Les outils numériques et les réseaux, en devenant de plus en plus performants et simples d’utilisation, se sont démocratisés considérablement. Les internautes purent d’abord créer eux-mêmes leurs propres sites simplifiés grâce aux blogs qui montrèrent ensuite leurs limites car si certains d’entre eux sont originaux et intéressants, la plupart sont d’une grande pauvreté car la majorité des gens n’a rien d’autre à  y mettre que des photos.

L’astuce des réseaux sociaux fut d’utiliser les atouts du blog qui sont :

  • d’inclure aisément des textes, des photos, des liens hypertextes,
  • de se décrire au moyen d’un profil,
  • de  nouer des relations avec diverses communautés partageant les mêmes intérêts,
  • d’offrir un espace de dialogue permettant aux visiteurs d’ajouter des commentaires apportant une certaine interactivité.

A ces atouts furent ajoutés deux avantages supplémentaires décisifs :

  • simplifier à l’extrême la communication au moyen d’actions préprogrammées.
  • et, suprême astuce : permettre la création de liens quasi obligatoires entre les internautes qui se cooptent en se déclarant « amis » ce qui génèrent une extension permanente du réseau d’inscrits Facebook.

Ces liens sont gérés par un système informatique qui suscite un échange permanent de messages personnels, photos, vidéo, profils. Le succès a été fulgurant chez les jeunes car l’usage est simple et convivial. Il permet d’alimenter des contacts avec les copains.

Pour les adultes, il est tentant de renouer avec des gens que l’on a perdus de vue. Le système propose sans cesse à ses membres d’accepter de nouveaux « amis » pour enrichir leurs listes, ce qui, pour beaucoup constitue la raison d’être sur Facebook. Le contenu des échanges peut être pauvre voire insignifiant, l’interactivité prime. Elle satisfait même les gens quasi illettrés qui utilisent le langage phonétique des sms pour masquer souvent leurs lacunes en orthographe.

Cette facilité convient aux adolescents qui aiment à discuter entre eux des futilités de leur âge, aux personnes un peu narcissiques qui souhaitent se mettre en valeur, ou aux gens qui s’ennuient et veulent induire une certaine convivialité avec ceux qui leur ressemblent. Enfin et surtout un site comme Facebook (ou d’autres similaires dans différents pays) devient, phénomène grégaire oblige, une quasi obligation : celui qui n’y est pas est réputé ringard, ou asocial. Cependant, le succès de ce type de réseau social génère une perversité dont on ne mesure pas encore vraiment les conséquences et qui induit quatre grandes limites.

 Limite 1 : des « amis » bien illusoires

Le fait d’afficher un grand nombre « d’amis » pourrait laisser supposer que l’on est connu ou apprécié. Or chacun sait que les « amis » en question ne sont souvent que de vagues relations. En réalité, la plupart des gens n’ont jamais plus que :

  • une dizaine de vrais amis,
  • une centaine de « relations cordiales » ou familiales assez peu suivies et si compartimentées qu’on ne peut les mélanger.
  • au delà, il s’agit de personnes à qui nous n’aurions pas idée d’envoyer spontanément le moindre mail, ou des « amis » d’amis, parfaits inconnus dont certains peuvent se révéler de douteuses fréquentations.

A cet égard, les sites comme Facebook ne sont pas aussi vertueux qu’ils l’annoncent dans leur page d’accueil : « Facebook vous permet de rester en contact avec les personnes qui comptent dans votre vie ». On pourrait ajouter pour les naïfs : « Facebook vous met aussi et surtout en relation avec celles qui ne comptent pas, mais qui susciteront les connexions dont nous avons besoin pour vous vendre de la pub ». L’objectif premier des sites sociaux est de vous faire connecter le plus souvent possible, et d’orienter votre consommation.

Les gens peu exigeants, se satisfont des distractions suggérées par la plateforme, sans même savoir comment ils sont manipulés. Les autres souhaiteraient plutôt avoir un vrai réseau de relations sociales personnalisées, sans souci de confidentialité, avec des contenus intéressants. Atteindre cet objectif n’est pas difficile mais cela nécessite un minimum d’effort et de réflexion.

 Limite 2 : refuser de s’afficher ou être intéressant ?

Le danger de Facebook dont parle désormais la presse est la conséquence du manque de discernement de ceux qui sont tentés, pour s’amuser, par esprit de transgression ou de provocation, fréquents chez les ados, de poster des informations ou photos qui peuvent se révéler compromettantes.

Facebook annonce clairement ses conditions dans ses « Statement or Rights and Responsabilities » que personne ne lit (env. 11 pages en Anglais) et en particulier que tout ce qui est publié y est enregistré et pourra être exploité, même longtemps après la fermeture du compte.

Le problème reste que si les informations que l’on expose sur son compte sont trop précises et personnelles, elles génèrent un risque en terme de confidentialité et de vie privée.  Mais le piège c’est que, si elles sont vagues et impersonnelles, le compte devient rapidement sans intérêt et personne ne s’y connecte plus. Le voyeurisme doit être tenu en haleine, ainsi que  la curiosité. Voilà le genre de relances envoyées par le site :

 Les sites comme Facebook sont sans cesse obligés d’évoluer et de proposer des jeux ou d’autres trouvailles pour enrichir une offre qui, à l’usage risque de se révéler souvent lassante et stérile. Pour beaucoup d’ados, fermer son compte Facebook devient le signe de maturité et d’indépendance d’esprit.

 Limite 3 : Facebook, une entreprise à vendre… de la pub

Une mise en parallèle avec ce qui s’est produit sur le « PAF » peut éclairer la manière dont évoluera l’internet. On peut, sans exagérer dire que la plupart des chaînes TV ou des offreurs d’internet sont devenus des entreprises à vendre de la pub. Plus elles ont d’audience et plus elles ont d'annonceurs donc de chiffre d'affaire et de bénéfice, but de l'entreprise in fine. L’obligation de résultat condamne ces chaînes à devoir se cantonner dans le divertissement populaire le plus racoleur. La télé réalité, avec son exhibitionnisme et son côté « people » en est une illustration caricaturale. Finalement, comme les Romains on réclame toujours « du pain et des jeux ». Les gens qui ont le pain cherchent aujourd'hui encore désespérément des jeux, même s’il faut supporter la pollution générée par la publicité sur nos écrans.

La première source de revenus publicitaires est réalisée par les bannières qui défilent en permanence sur les écrans. La seconde consiste pour Facebook à vendre des informations obtenues grâce aux indications données par les internautes et qui permettent aux annonceurs de faire des publicités mieux ciblées.

 

 

Enfin dans le même ordre d’idées, les sites sociaux proposent aux entreprises  d’ajouter à leur site web des icônes à leur marque ou des mentions comme « J’aime » ou « partager » sur lesquelles les internautes ont la légèreté de cliquer.

 Limite 4 : un homme averti n’en vaut pas deux …

Depuis quelques mois des articles commencent à paraitre dans la presse et sur le web pour signaler les effets pervers de ces sites abusivement dits « sociaux ». Des précautions d’utilisation sont désormais données partout aux internautes imprudents, par exemple :

  • Sélectionner précautionneusement vos photos et clips vidéo,
  • Limiter considérablement votre liste d’amis,
  • activer les paramètres de confidentialité et ne pas se faire piéger par les sollicitations incessantes générées par la plateforme informatique,
  • se méfier des jeux, quiz, sondages, sites inconnus et autres attrape-nigauds qui vous annoncent que vous avez gagné le premier prix de beauté,
  • éviter les occasions de vous connecter pour rien,
  • et…  finalement, assez souvent vous désinscrire !

Un homme averti, qui applique intelligemment les recommandations ci-dessus, risque de ne plus trouver dans Facebook qu’un médiocre intérêt. Ce deviendra un peu comme une carte de visite ou le fait d’être inscrit dans l’annuaire du téléphone. Bien entendu, ce type d’internaute ne fera pas l’affaire des réseaux sociaux car il ne se connectera pas. D’autant que l’internaute avisé peut avantageusement retrouver toutes les fonctions utiles de Facebook sur un « réseau personnel » constitué sur mesure… et qui, suprême liberté, ne vous sollicite pas en permanence pour vous proposer des kyrielles d’amis d’amis.

Notons que Facebook se garde bien de proposer un vrai « code de bon usage » qui se révèlerait contre productif par rapport à ses objectifs implicites. 

Comment êtes-vous manipulés ?

Vous avez ouvert un compte Facebook en toute innocence, pour faire comme tout le monde. Vous y avez mis plein d’informations pour intéresser vos « amis ». Votre profil vous met bien en valeur… Bravo ! Vous avez fourni à Facebook des données précieuses qui pourront être vendues à des entreprises disposant de consultants spécialités dans le marketing dont vous allez être la cible consentante. Facebook ne fait aucun mystère de la manière dont il va siphonner votre carnet d’adresse :

 

 

 Vous pensiez naïvement que Facebook a pour objectif altruiste de vous permettre de vous faire des « amis » qui, grâce aux indications que vous mettez sur votre compte, soient de bons amis « sur mesure ». Erreur, Facebook se contrefiche des amis que vous récolterez, par contre il veut faire de vous « le bon prospect, au bon moment ». Pour vous en convaincre regardez comment ils peuvent cibler « les femmes de 24 à 30 ans qui ont indiqué qu’elles sont fiancées » :

 

Un jeune inconscient disait dernièrement : « ça m’est égale d’être fiché par Facebook, si ça peut m’éviter les bannières de pub sur mon écran ». L’innocent ne se rend pas compte qu’il aura toujours de la pub, mais qu’elle risque d’être mieux ciblée, plus intrusive et plus abondante puisque Facebook vend les adresses e-mail à ses clients annonceurs.

Manipulation secondaire : pour se connecter à Facebook, il faut ouvrir un compte.  A ce moment le site nous encourage à ne plus envoyer d’e-mail, mais à passer toutes les communications par son intermédiaire. A telle enseigne que des gamins qui passent leur temps sur Facebook n’envoient plus jamais de mails.

 Des conséquences sociales inquiétantes

Les gens pas très malins ou à fort comportement mimétique se satisfont du simple jeu qui les pousse à collectionner des « amis », ou à mettre sur leur compte des photos dont ils supposent qu’elles peuvent intéresser leur entourage, ce qui est généralement illusoire. Ceux qui ont un peu plus de bon sens se lassent assez rapidement de ces réseaux pas très « sociaux » et de leurs « faux amis », à moins qu’ils ne les utilisent pour des raisons professionnelles ou commerciales. Il ne s’agit alors plus là de « social » mais de business. (Facebook propose des offres spéciales aux annonceurs en quête de marketing ciblé).

Piège des sites sociaux bien packagés : on est tenté, et fortement encouragé à générer des connexions de plus en plus nombreuses, mais aussi de plus en plus futiles voire inutiles. Dans une civilisation du zapping ce comportement ne choque pas. Peu de gens sont assez perspicaces pour s’apercevoir que cette communication frénétique est très artificielle, chronophage, et peu gratifiante. Ce sont surtout parmi les jeunes que l’on compte le plus de « victimes consentantes » car ils sont soumis aux effets de mode et au conformisme.

A cet âge, on joue, on réfléchit peu, on fait surtout comme les copains. On n’a pas assez de recul et d’expérience pour s’apercevoir que ce qui fait l’intérêt de la communication, ce n’est pas la pléthore de contacts suscités par le « robot » de sites automatisés, mais bien leur qualité humaine.

Notons que beaucoup de parents démissionnaires ne s’intéressent pas à la manière dont leurs enfants passent leur temps sur Facebook. Pire certains d’entre eux, parfaitement inconscients n’hésitent pas à conseiller à leurs jeunes adolescents de falsifier leur âge pour ouvrir un compte (l’âge minimum requis est 13 ans, mais le site ne s’est donné aucun moyen de le vérifier). Avant d’éduquer les enfants, il conviendrait d’éduquer préalablement certains parents …

 L’usage rationnel des outils informatiques

Il est très symptomatique de constater que tous les professionnels d’Internet, lorsqu’ils font l’inventaire des réseaux dits « sociaux » font un oubli de taille : le réseau personnel que l’on peut se confectionner pour ses besoins propres avec les seuls outils classiques dont chacun de nous dispose à partir de sa messagerie et de son navigateur. Les gourous se focalisent, en effet,  béatement sur les nouveaux services organisés par les plateformes comme Facebook qui utilisent les ressources automatisées des communications packagées d’internet.

Sur le « réseau personnel » que l’on se constitue soi-même, on choisit librement :

  • ses vrais amis et les gens à qui on a envie d’envoyer des messages,
  • le contenu dont on a envie en fonction des destinataires et pas seulement celui suggéré ou induit par le site.

On peut par exemple constituer des listes spécifiques d’envoi de mail groupant : les amis intimes, la famille, les relations de travail, les copropriétaires de son immeuble ou une liste générale regroupant tout ou partie des listes, pour faire circuler des messages généraux (par exemple les voeux)

Rien n’empêche cependant d’avoir un compte Facebook… mais quand on exploite bien le « réseau personnel » de ses vrais amis et relations, Facebook devient inutile, sauf pour le business ou pour raccrocher de vieilles connaissances (qu’on peut aussi trouver sur les moteurs de recherche).

  Un irréversible phénomène de société ?

Les usages et les techniques d'Internet sont encore trop nouveaux pour qu'on puisse complètement évaluer leurs conséquences sur la vie des utilisateurs. D’autant qu’on peut distinguer schématiquement quatre profils de populations :

  • Les accros de l’ordinateur qui passent leur vie devant l’écran : usagers des sites sociaux et accessoirement : surfeurs compulsifs, joueurs en ligne.
  • Ceux qui font un usage modéré mais efficace des outils les plus utiles pour se divertir, travailler ou communiquer.
  • Les allergiques aux écrans (il commence à y en avoir).
  • Enfin ceux qui n'ont pas les moyens économiques ou intellectuelles d'accéder à Internet (70 % de l’humanité).

De tout temps des individus ou des groupes humains se sont adonnés à des comportements addictifs (alcool, drogue, nourriture, sexe, je, argent, dévotion  religieuse, etc.). On notera que certaines addictions sont plus ou moins socialement acceptables dans la mesure où elle reste contrôlée et procure de manière raisonnable le plaisir. Certaines sont ou ont pu être à la mode (exemple le tabagisme, l’alcool convivial) d’autres comme la dévotion religieuse, ou la connexion aux sites sociaux, peuvent être encouragées par la collectivité.

L’addiction aux écrans (télé, jeux vidéo, Internet, smartphone, etc.) est liée d’une part, à un comportement mimétique (cas des adolescents accrochés à leur téléphone portable) et d’autre part, à la pression publicitaire considérable des offreurs (opérateurs télécom, chaînes de TV, fabricants et distributeurs d’équipements numériques). L’utilisation des écrans est devenue si banalisée qu’on oublie de se demander à partir de quand elle devient excessive et jusqu’à quand elle reste normale.

Certains pessimistes diront qu’il importe donc peu que des gens s’abrutissent devant un match de foot, le tiercé ou un écran… l’essentiel pour eux est de « passer le temps » pour se distraire d’un quotidien décevant.

Nous constatons déjà les transformations opérées en une seule génération (ce qui ne s’était jamais vu auparavant et touche les jeunes). Certaines sont positives comme de nouvelles manières d’apprendre plus intuitives et décomplexées ou la facilité que l’on a d’accéder instantanément à des informations quasi illimitées. Il convient néanmoins de souligner, au-delà des nuisances déjà bien identifiées (cybercriminalité, fraudes aux cartes bancaires, piratage informatique, spams, virus…) celles moins visibles qui sont l’envers du décor attractif des réseaux sociaux.

 L’envers du décor des réseaux sociaux

La plupart des conséquences néfastes des réseaux sociaux sont d’autant plus insidieuses qu’elles sont toujours masquées par les aspects attractifs propres à tout ce qui touche internet (divertissement, apprentissage, fonction gratifiante  d’être à la mode, efficacité à communiquer et à rechercher de l’information). Il importerait cependant d’en avoir pleinement conscience pour, autant que possible, les corriger ou les prévenir. C’est cependant une tâche difficile, surtout si l’on sait que, dans un domaine comparable : celui de la télévision, on commence seulement à pouvoir quantifier les effets délétères chez les enfants (déficit de sommeil, déficit de connaissance et de maîtrise du langage, détérioration des résultats scolaires), et chez les adultes (abrutissement général et conformisme).  Quelques uns de ces aspects négatifs peuvent être rappelés :

  • Le règne de l’éphémère, le zapping, les flux d’informations continus, l’obligation d’être connecté, la consommation effrénée, provoquent l’instabilité et la frustration (la palme revient à Twitter avec son flot incessant de mini-informations de 140 caractères).
  • Chez les jeunes, risque d’un nouvel illettrisme. On sait que la manière de s’exprimer et de lire des textes a un rapport avec la compréhension qu’on en a. Beaucoup savent déchiffrer mais ne comprennent pas le sens de ce qui est écrit.
  • Internet induit des activités chronophages (nombreux jeunes passent de 2 à 5 h par jour sur Facebook, non comptés les 3 h 40 devant la TV), ce qui n’est pas sans conséquence sur la fatigue, et l’ouverture d’esprit des internautes.
  • Assujettissement d’adultes qui ne savent plus se déconnecter et ont toujours leurs comptes de réseaux sociaux ouverts en permanence y compris pendant le travail (manque de concentration, perte de temps et de rentabilité).
  • L’information est pervertie : trop d’abondance sature l’information. L’immédiateté ne permet pas de hiérarchiser les évènements : l’important est noyé dans le futile. De cette confusion, où tout semble se valoir, résulte une perte d’esprit critique.
  • Utilisation de Facebook comme instrument de harcèlement à l’école (certains élèves deviennent des souffre-douleurs), mais aussi de harcèlement politique, de menaces, ou de diffamation, ou d’alimenter des « théories du complots ».
  • Création du buzz : si celui-ci peut se révéler vertueux (dénonciations de scandales, éclosion de l’esprit démocratique dans des pays totalitaires) il est hélas plus souvent utilisé pour propager et amplifier des rumeurs malveillantes qui deviennent incontrôlables.
  • Le modèle économique d’internet (gratuité contre publicité) est pervers dans la mesure il tire vers le bas tous les divertissements qui le font vivre.
  • Fausse identité, espionnage de la vie privée, indiscrétion, publication de photos sans le consentement des personnes, induisent des conduites délictuelles.
  • Les réseaux sociaux ne génèrent que des relations sociales superficielles formatées par les sites qui les organisent. C’est la perversion de la facilité : dans la vraie vie, un ami ne s’obtient pas par un clic.
  • Facebook : outil de la démocratie ? Si les gens étaient capables d’objectivité, de curiosité et avaient un comportement éthique, on pourrait penser que Facebook favorise la démocratie. Cette illusion est démentie par les effets les plus visibles, ces sites encouragent plutôt : la paresse intellectuelle, les rumeurs, le goût du scandale, le sectarisme, la « people » attitude, l’irrespect, les scoops complaisants, le conformisme.

 Cyber citoyen responsable ou une cyber victime ?

Devenir un cyber citoyen responsable ou une cyber victime (même inconsciente ou volontaire)… c’est une question de civilisation ? Le véritable rôle de Facebook et autres sites dits « sociaux » semble être désormais de combler le vide existentiel de gens désespérément en quête de divertissement avec comme rançon l’obligation de supporter les nuisances de la pub.

Nous pensons être libre et objectif vis à vis d’internet ou de Facebook, en fait, nous sommes souvent subjugués, conditionnés et captifs, sans en avoir pleinement conscience. Nous pourrions même nous considérer comme des apprentis sorciers ayant inventé un fabuleux outil dont le développement est si rapide, puissant et inéluctable qu’il ne nous est pas possible d’en anticiper les conséquences.

Le fait qu’on soit amené à parler de la « vraie vie » par opposition au monde virtuel d’Internet révèle qu’il existe désormais pour certains une « fausse vie » illusoire.

Nous étions déjà soumis aux lois du marché de la société de consommation et des marchés financiers. Nous le sommes désormais de surcroit à celle de la société de l’information : instantanée surabondante et imprévisible. Cette soumission est d’autant plus insidieuse que ses effets néfastes ne sont jamais immédiats. Pour en être exemptés, il faut un minimum d’éducation de sagesse, d’esprit critique et ce qui manque le plus : du bon sens.